COUP DE PROJECTEUR SUR DEUX ŒUVRES RESTAURÉES : Réunion villageoise, de Gillis van TILBORGH et La Mariée juive, d'Alfred DEHODENCQ
Vues de détails du travail de restauration
Réunion villageoise, Gillis van TILBORGH (1625-1678), huile sur toile, 131 × 205 cm, Inv. P 130
Voici une charmante scène villageoise, typique de la peinture flamande du 17e siècle. À la faveur des créations de Pierre Bruegel l’Ancien et de la circulation des nombreuses copies qui en ont été faites, les réjouissances paysannes deviennent à cette époque un genre pictural à part entière.
Prisée par une clientèle urbaine et cultivée, la vision pittoresque voire stéréotypée des gens des campagnes que ces tableaux véhiculent ont fait le succès d’artistes comme Gillis van Tilborgh, Thomas van Apshoven (1622-1664) ou David Teniers (1610-1690).
Dans la cour de cette taverne en plein air s’est ici réunie une assemblée de paysans qui boivent, mangent et s'apprêtent à danser comme le laisse supposer le joueur de violon au premier plan.
Il faut dire que l’époque est troublée, traversée par des tensions religieuses, des guerres interminables et des hivers rigoureux, qui génèrent, dans les couches les moins favorisées de la société, famine, pauvreté et maladie. Les fêtes et kermesses sont une manière d’oublier pour un temps la trivialité et la dureté de l’existence.
La récente opération de restauration dont l’œuvre a bénéficié lui permettra d'intégrer prochainement le nouvel accrochage de la salle "Cabinet d'amateur (Flandres, 17e s.)" dans le cadre du réaménagement de l'étage des peintures.
La Mariée juive, Alfred Dehodencq (Paris, 1822- Paris, 1882), huile sur toile, 320 x 246 cm, Inv. P 1770
Formé à l’École des Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de Léon Cogniet, Alfred Dehodencq a le goût du voyage et partage son temps, à partir de 1850, entre l’Espagne et le Maroc. Fasciné par les couleurs et la lumière ambiante, il est très inspiré par le spectacle des marchés, processions, combats de taureaux et des bohémiens. Talentueux coloriste, il retranscrit l’éclat des scènes orientales avec un sens réaliste aigu, même s’il se voit plus comme un romantique.
Notre tableau s’inscrit dans une veine orientaliste. Dans la cour intérieure d’une habitation du mellah, quartier juif de Tanger, se tient une jeune femme magnifiquement parée à la veille de son mariage. Elle porte la « keswa el kebira», ou « Grande robe » de velours, composée de plusieurs éléments - une jupe portefeuille qui se replie de gauche à droite, garnie de nombreux galons d’or ; un corselet au col échancré, à manches courtes, également surchargé de galons d’or et de larges manches de mousseline attachées aux mancherons du corselet. La grande ceinture, hzam, d’épais lamé or, pliée en trois, fait plusieurs fois le tour de la taille. La coiffe lui donne une allure royale ; aux pieds, les traditionnelles babouches.
Les objectifs de la récente opération de restauration étaient de : reprendre la tension de la toile et corriger ses ondulations, alléger les vernis, opérer un nettoyage sélectif et un léger décrassage à l’aide d’une solution au Ph légèrement acide et enfin d’atténuer par endroits certaines craquelures à la surface de la couche picturale.
Cette opération, soutenue par un mécénat collaboratif, permettra à l'œuvre d'intégrer la future galerie « Inspirations du lointain » dans le cadre du réaménagement de l'étage des peintures.